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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 10:22

 

 

Les frères Coen et Tim Burton me semblent être le chaînon idéal entre le cinéma d'Hollywood et celui indépendant. Il  y a d'autres réalisateurs qui pourraient un jour le symboliser comme par exemple Wes Anderson, mais pour cela il faudra que ce dernier  ait un peu plus de succès pour ne pas se confiner au cinéma d'auteur. Ce qui est dommage,  c'est qu' après avoir vraiment apprécie Le monde aquatique, la Famille Tenenbaum, je suis sorti de Moonrise Kingdom avec un goût de déception, malgré quelques coups d'éclats et un sens esthétique certain son dernier opus sent l'inachevé, en terme d'humour, de folie, d'amertume, de dialogues et de psychologie des personnages, avec en plus à certains moments un usage assourdissant et superflu de la musique. Evidemment, un billet pourrait tout aussi bien être dédié à Woody Allen, mais je préfère me tourner pour l'heure sur la relève américaine qui a émergé dans les années 1980.

 

 

Les frères Coen

 

Joel et Ethan ont apporté un vent de fraîcheur au cinéma américain. J'imagine que l'on pourrait leur reprocher de faire quasiment que des films de genre, de rendre grâce à l'âge d'or hollywoodien. En somme de ne pas innover, de ne rien faire de personnel, ce qui serait au fond une  grande erreur d'appréciation. En effet, ils transcendent les genres et y greffent leurs angoisses, leur obsessions avec un sens inné des dialogues décalés et une grande maîtrise de la narration et de la direction d'acteurs ( pour preuve les interprétations ahurissantes de Nicolas Cage, Brad Pitt, Georges Clooney, Javier Bardem...).Si les acteurs leurs sont aussi  fidèles, c'est qu'il y a bien un style, un effet Coen.

Films noir  (Miller's Crossing, The Barber), comédie sociale à la Capra( Le Grand saut), screwball comedy (Intolérable cruauté), comédies déjantées (Arizona junior, The Big Lebowski), parodie d'espionnage (Burn after reading), polar ( Sang pour sang,Fargo, No country for old men), aventure- road movie ( O'Brother), comédie dramatique ( Barton Fink, A serious man), le spectre est vraiment large, avec  il est vrai parfois quelques échecs. Sur les 15 longs-métrages, je n'ai pas vu True Grit donc je ne peux pas juger de la réussite on non sur le terrain du western, ayant vu comment leur idée de remake avec Ladykillers avait donné un résultat catastrophique et ayant en tête la version originale avec John Wayne je me suis abstenu, peut-être à tort.

 

 

En tête selon moi, The barber : l'homme qui n'était pas là.  C'est la classe absolue, image en noir et blanc léchée, plongée sublime dans l'Amérique de la fin des années 40, attaque contre l'absurdité du système judiciaire américain comme dans Intolérable cruauté, Billy Bob Thornton habité comme jamais, sens de la dramaturgie évident, portrait bouleversant d'un homme absent qui n'a jamais su exprimer ses sentiments et la fatalité qui l'accable.

 

Ensuite, Arizona Junior, second film des frères après Sang pour sang, comédie à la dynamite, Nicolas Cage avec houpette à la Woody Woodpecker (un article intéressant avait abordé les métamorphoses capillaires subies par les acteurs dans les films des Coen, comment oublier le coupe à la Jeanne d'Arc de Javier Bardem) escroc qui épouse une flic, campée par l'excellente Holly Hunther, qui ne peut pas avoir d'enfant. D'où l'idée saugrenue d'aller chaparder l' un des bébés d'un riche industriel et voilà tout est en place pour l'absurde et l'humour sortis  tout droit de l'univers du cartoon, il faut voir John Goodman chargé de récupérer l'enfant sur sa moto d'où jaillissent les flammes de l'enfer.

 

O'Brother, belle adaptation de  l'Odyssée d'Homère, Clooney cheveux gominés et ses compagnons évadés de prison vont vivre de folles aventures menées à un train d'enfer, l'humour est omniprésent, on ne s'ennuie jamais et la musique n' y a jamais été aussi bien exploitée dans toute la filmographie des deux frères.

 

Je conclus avec Barton Fink et No country for old men. Le premier, très métaphysique qui a reçu la palme d'or, est probablement le plus difficile d'accès de tous leurs films, il demande plusieurs lectures et encore ça ne suffit pas pour obtenir toutes les réponses, mais aussi le plus riche, réflexion sur le syndrome de la page blanche, sur la création, sur le succès,charge contre le diktat hollywoodien, avec une galerie de personnages très particuliers. Pour le second, plongée dans le Texas des années 80, outre un très bon polar, c'est un regard critique et subtil sur l'évolution de la société, c'est surtout le retour en grâce des Coen, après un film médiocre( Intolérable cruauté) et un  raté( Ladykillers).

 

Parfois la sauce ne prend pas, manque de consistance ou de folie qui font que je ne rentre pas dans l'univers (voir les trois titres ci-dessous).

 

 

 

 

 

Films préférés  1 The Barber : l'homme qui n'était pas là 2- Arizona Junior 3- O'Brother 4- Barton Fink  et No country for old men

 

Films décevants

1- Ladykillers 2- Burn after reading 3- Le grand saut

 

 

Tim Burton

Onze films vus, mais pas les deux derniers, qui m'amènent à penser que le formidable artisan Burton est sérieusement à bout de souffle :  comme le suggèrent son virage commercial et son manque d'originalité depuis plus d'une décennie. Après le pastiche (inégal) de science-fiction  Mars Attacks et le réussi Sleepy Hollow,en 1999, hommage au genre fantastique popularisé par la Hammer, il y a eu  le remake de La Planète des singes, pas désastreux mais si convenu pour un tel artiste qui a semblé perdre de  sa personnalité.

 

Puis Big fish, pour lequel je n'ai jamais pu entrer dans l'histoire,Charlie et la chocolaterie (avec un Johnny Depp toujours aussi efficace) ressemblant à de la bonne friandise acidulée qui finit par lasser, Sweeney Todd, incursion dans la comédie musicale sur fonds de film d'horreur, qui vire par moments au grand n'importe quoi et qui me conforte dans l'idée que Burton a vraiment perdu de sa superbe. Au lieu de multiplier les projets, il devrait prendre du recul et redevenir l'artisan génial, le grand raconteur d'histoires, le maître du baroque, du kistch, de l'imaginaire, de l'enfance qui ne s'éteint jamais.

 

Celui des chefs-d'oeuvres : Edward aux mains d'argent (rien à jeter dans cette création, aussi bien les décors, les personnages, la force du propos sur la condition d'artiste... )Ed Wood ( éblouissante et sobre déclaration d'amour à Ed Wood estimé comme le pire réalisateur de tous les temps, adepte des décors en carton-pâte, d'une mise en scène plus que bancale et des histoires invraisemblables), celui qui savait transgresser le film de super-héros pour en faire quelque chose de sombre, de tragique, d'immense et parvenir avec Batman : le défi à accomplir une suite de loin supérieure au premier volet.  Tim, reviens. Reviens parmi les tiens.


 

Films préférés  1- Edward aux mains d'argent 2-  Ed Wood 3- Batman : le défi 4- Sleepy Hollow

Films décevants 1- Sweeney Todd   2- La Planète des singes 3- Big fish

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Published by dundee
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