Avec ce blog, je souhaite partager mes coups de cœur (cinéma, littérature, musique...) et mes textes (poèmes, paroles de chansons, chroniques...) Au plaisir d'échanger avec vous.
Je retrouve avec plaisir le chemin de mon blog après des semaines d'absence. J'en profite donc pour évoquer les romans qui m'ont marqué durant ces dernières semaines. Tout d'abord, La carte et le territoire, de Michel Houellebecq, jusqu'ici je n'avais lu qu' Extension du domaine de la lutte qui m'avait autant intrigué qu' agacé, que j'ai vraiment apprécié, la vision est encore sombre mais avec un certain fatalisme supplantant le provocation d'antan. A l'exception des deux passages wikipédiesques qui n'apportent rien au récit, j'ai accroché à l'histoire, l'écrivain se met en scène et ne ménage pas son personnage Michel Houellebecq, quant au personnage principal, il vit sa vie avec un regard distant, connaissant le succès dans le milieu de l'art, côtoyant des célébrités, entretenant des relations compliquées avec son père, participant à l'élucidation d'un meurtre. Famille, art ( le processus créatif, son marché), argent, solitude figurent parmi les thèmes de ce roman finalement assez sobre , à l'écriture efficace et précise.
Naissance d'un pont, de Maylis de Kerangal, est une vraie réjouissance. Nous assistons suivons la construction d'un pont dans une ville imaginaire de Californie. Roman-feuilleton qui raconte la démesure d'une telle entreprise, dictée par la folie des grandeurs d'un maire, avec les destins entremêlés des personnages travaillant sur le chantier, les conflits provoqués par cette construction. C'est réaliste, vif, poignant, avec un style percutant qui ne donne jamais envie de décrocher.
Avec Déroute sauvage, Guillaume Guéraud confirme tout le bien que je pensais de lui après Je mourrai pas gibier. Il rend hommage aux films gore à travers ce périple de collégiens qui survivent à un accident de car sur les routes d'Espagne. Ils se croient sauvés jusqu'à ce que trois homes sanguinaires apparaissent. J'aime le fait qu'on entre immédiatement dans le récit, j'aime ce style si visuel, les anecdotes émaillant le récit ( les bulletins de notes, lettre d'autorisation pour le voyage..) qui établissent un contraste entre la vie auparavant ordinaire et le plongeon dans le chaos. Tous les clins d'oeil aux films de Wes Craven et de Tobe Hooper créent également une belle connivence avec le lecteur.
Dans la mer il y a des crocodiles : l'histoire vraie d'Enaiatollah Akbari, de Fabio Geda. Je dirai que c'est un récit de vie, qu'il faut quand même un peu romancé, une histoire écrite à quatre mains par le romancier italien et Enaiat. Pendant ces 174 pages, je me suis dit à certains moments ce n'est pas possible, il n'a pas pu vivre tout ça. A dix, onze ans, notre jeune afghan quitte avec sa mère son pays pour le Pakistan, elle repart ensuite car elle veut lui donner une chance d'avoir une vie meilleure, malgré les difficultés qu'il rencontrera, car en restant au pays il aurait vécu constamment sous la menace des talibans. Pakistan, Iran, Turquie, Grèce et enfin Italie, cinq années de périples, de débrouille, d'entraide, de fuites, de passages de frontières de façon illégale, qui sont décrites sans misérabilisme mais sans angélisme non plus. C'est fort, je me suis attaché au "personnage". Une autre force de ce livre tient à la discontinuité du récit qui est parfois interrompu par une discussion entre Fabio Geida et Enaiat,, si ce procède déconcerte au départ, il apporte surtout une distance salutaire au récit et permet de mieux cerner la personnalité du jeune garçon, qui a su s'endurcir pour survivre.
La cinquième femme, de Henning Mankell. J'ai découvert cet auteur de polars suédois, il était temps, je n'ai pas boudé mon plaisir. Son inspecteur Wallander est attachant et complexe à souhait, l'intrigue captivante, le quotidien des policiers réaliste, la description de la société suédoise non dénuée d'intérêts. Une immersion qui en appelle beaucoup d'autres.
Arrêtez-moi là ! , de Iain Levison. De cette liste, c'est sans conteste mon préféré. SI le titre français n'est pas fidèle au titre original ( The Cab driver), je pense, une fois n'est pas coutume, qu'il est plus approprié que celui américain. En effet, le double sens de ce dernier traduit bien la trame du roman : le premier sens correspond à la vie de Jeff Sutton qui est chauffeur de taxi au Texas, le second à son arrestation. Sutton ramène une cliente chez elle, elle n'a pas de monnaie sur elle, elle lui propose de monter. Il va laisser ses empreintes là où il ne faut pas, il va ensuite prendre en taxi, sans les faire payer, deux étudiantes avinées, dont une va vomir dans l'habitacle, il va nettoyer son taxi à la vapeur : seconde erreur.
Pourquoi erreur? Erreur parce que la fille de cette femme qu'il a raccompagnée a été kidnappée et qu'il av se retrouver sur la banc des accusés à cause de policiers incompétents qui ont mené une enquête à charge dès le début sans le moindre discernement ( témoins corrompus, absence de preuves tangibles). Coupable idéal, il passe dix mois dans le couloir de la mort jusqu'à son procès. C'est une critique virulente du système judiciaire américain : des flics inexpérimentés et bornés à un avocat commis d'office dépassé par les évènements, à un autre qui ne pense qu'à l'argent. C'est aussi une attaque contre une société américaine expéditive (et ignorante dans le cas présent) pour juger coupable et qui ensuite refuse de se dédouaner en préférant se voiler la face, une société américaine où la télévision crée une réalité factice qui ne s'interroge pas sur les maux du pays mais impose une alternative pour retourner sa veste sans se désavouer tout en offrant du sensationnalisme aux téléspectateurs.
C'est aussi le portrait d'un homme qui menait une vie désespérément ordinaire et qui se retrouve seul face à lui-même et n'en sortira pas indemne. Rien à jeter dans ce livre au style limpide et désabusé, que ce soient la description de sa vie de tous les jours, la vie quotidienne en prison, le procès... Je conclus par deux citations .
" Quel monde merveilleux ce serait si les ignorants étaient moins sûrs d'eux."
"Enfermez un homme seul dans une pièce pendant des années, les conversations continuent dans sa tête, et les bribes qui s'en échappent à l'extérieur donneront l'impression qu'il est fou."