Avec ce blog, je souhaite partager mes coups de cœur (cinéma, littérature, musique...) et mes textes (poèmes, paroles de chansons, chroniques...) Au plaisir d'échanger avec vous.
En découvrant la bande-annonce de Rabbit hole, j'avais espéré que l'atmosphère et la sobriété qui se dégageaient de ces extraits correspondaient à la tonalité de l'ensemble. Heureusement, ce fut le cas. Sur un sujet dramatique, la mort d'un enfant et le processus de deuil entamé par la famille, il y a de quoi tomber dans le mélo en tentant de faire pleurer le spectateur sur commande. Là, il n'en est absolument rien. Déjà, l'intrigue débute pour Howie et Becca, huit mois après la disparition de leur fils de quatre ans renversé par une voiture, ce qui évite les sanglots longs des violons et la musique sirupeuse. Le registre est plus de l'ordre de l'introspection, des non-dits, de l'incommunicabilité dans le couple, de la colère rentrée qui finit par éclater. Il faut saluer la sobriété affichée à l'écran, avec une mise en scène discrète qui s'arrête sans ostentation sur les regards et les gestes qui en révèlent plus que les paroles, une musique illustrant parfaitement l'état d'esprit mélancolique des parents. Il faut aussi saluer la qualité d'interprétation (Nicole Kidman, Aaron Eckhart, Diane Wiest...)et signaler le sens du détail de ce film qui montre subtilement les différentes approches dans le processus du deuil.
La mère qui progressivement détache les dessins de son enfant, range ses affaires, le père qui à l'inverse laisse le siège enfant dans la voiture. La mère qui ne veut plus participer à la thérapie collective, et dont de nombreux signes présagent un coup de sang, qui essaye malgré tout d'avancer en trouvant un moyen qui de prime abord paraît incongru. Le père, qui ne veut pas faire table rase du passé, qui a besoin également de lâcher du lest( à l'image de la scène de thérapie de groupe où il n'est plus dans son état normal). Pour ce couple qui s'aime mais qui n'arrive plus à se parler et en vient alors se mentir, il faudra une grande explication fracassante et sans ambages pour remettre les choses à plat. Je me suis identifié et attaché à ces personnages de par leurs complexités et leurs failles. Un long métrage émouvant mais pas larmoyant.
Autre registre avec Scream 4. Au départ, je me suis dit pourquoi dix ans après remettre Ghostface en selle? A l'exception d'inévitables raisons commerciales, pour moi la fin de la trilogie ne nécessitait pas de suite, surtout que les deux derniers opus m'avaient lassé tant le filon semblait épuisé. Après avoir vu le film, je retourne ma veste. Non pas pour affirmer qu'une suite était nécessaire mais pour soutenir que Wes Craven a montré dans ce quatrième volet tout son savoir-faire, redonnant à la franchise le souffle perdu depuis le premier épisode. Sans conteste, je lui décerne la palme de la meilleure suite. Pourtant, les personnages ne sont pas toujours très fouillés (SIdney en écrivaine effacée, Dewey en shérif empoté, Gail qui après avoir rongé son frein est prête à tout pour décrocher le scoop dans cette énième affaire de serial killer, Jill, la cousine assez fade de Sydney...). De plus certains personnages et certaines scènes semblent sortis tout droit des prémices de la tétralogie, ici les fans de film d'horreur ( mention au personnage décalé incarné par la ravissante Hayden Pannetiere), là des scènes de meurtres, toujours un regard distancié et sûr de soi face aux films d'horreur, genre dans la réalité j'échapperai aux griffes de ce psychopathe car je suis plus intelligent que lui,sans oublier les multiples mises en abîmes et le même modus operandi.
Alors pourquoi est-ce que ça fonctionne et que je n'ai pas boudé mon plaisir dix après en retrouvant les décors de la ville de Woodsboro ? Déjà, les dix premières minutes qui donnent le vertige. Craven reprend les mêmes ingrédients mais il va plus loin, il capte notre attention, s'assure de notre connivence pour ensuite mieux nous tromper. Et tant pis si les protagonistes gagneraient en épaisseur, ce qui compte c'est le suspense encore une fois savamment entretenu, l'hommage au film de genre toujours aussi savoureux(deux références à Hitchcock : la scène de la douche clin d'œil à Psychose, le poster de Fenêtre sur cour dans une des chambres...), le Stabmarathon( les films inspirés par cette tragédie), la réflexion critique sur le cinéma et la pertinence ou non de réaliser un remake. Ce qui donne cette magnifique réplique : " T'as oublié la première règle du remake : on déconne pas avec l'original!."
Le réalisateur a su également moderniser la trame de l'histoire et prendre en compte les travers de notre époque : la génération WEB 2.0 aux pouvoirs, il n'y a plus de limite au voyeurisme, webcam, Facebook tournent à plein régime et offrent un support original et singulier pour des psychopathes assoiffés de célébrité. Dans l'histoire des films d'horreur, Scream a décidément une place à part. Le comble est que pour l'instant le succès aux Etats-Unis comme en France est loin d'atteindre les chiffres des précédentes réalisations, ce qui aurait au moins le mérite de contrarier toute idée de suite saugrenue et cette fois réellement injustifiée. Si le rideau tombait définitivement sur Woodsboro après ce retour fulgurant,l'honneur artistique de la saga serait ainsi redoré et préservé.