Avec ce blog, je souhaite partager mes coups de cœur (cinéma, littérature, musique...) et mes textes (poèmes, paroles de chansons, chroniques...) Au plaisir d'échanger avec vous.
Souvent, quand on attend depuis des années de lire un livre ou de voir un film, lorsque vient le moment de vérité, la déception se fait sentir. Tel est le cas pour The Killer de John Woo. Je ne pouvais pas résister à l'invitation du festival Premier plans, qui le programmait, voyant en John Woo, l'un des héritiers de Jean-Pierre Melville. Oui,des similitudes existent avec Le Samouraï, avec les sous-titres, on apprend que le personnage campé par Chow Yun-Fat se prénomme Jeff, clin d'oeil à Alain Delon-Jeff Costello, le code d'honneur du tueur à gages, la relation trouble avec la chanteuse, écho à celle avec la pianiste dans le film français, son chemin de croix, traqué, par la police, et les commanditaires pour qui il décide de ne plus travailler. Je vais arrêter la comparaison, bien que ma préférence aille pour l'opus de Melville, plus puissant et subtil.
D'abord,c'est rafraîchissant de voir un cinéaste qui s'est fait plaisir, totalement libre. A côté de ses oeuvres avant l'exil, ( Le Syndicat du crime, A toute épreuve, The Killer donc) Broken Arrow, Volte-Face, Mission Impossible 2 passeraient pour un parangon de sobriété. Là, la violence part dans tous les sens, pour cela il suffirait de compter le nombre de morts pendant près de deux heures. Le style est griffé, musique envahissante, ralentis, l'ambiguïté entre le Bien et le Mal, scènes avec un flingue dans chaque main, fusillades si chorégraphiées qu'on finit par rire devant l'exagération des effets, évidemment la présence des colombes ( que l'on retrouve dans Volte-Face). Alors que j'avais détesté Le Syndicat du crime, je trouve à The Killer quelques qualités : l'idée de personnages perdus, romantiques désabusés dans le monde moderne ( du tueur fidèle à son code d'honneur, sa quête obsessionnelle pour rendre la vue à la chanteuse qu'il a blessée accidentellement, au flic qui le poursuit, et ne se retrouve plus dans son métier), la magnifique scène des miroirs qui rapproche les deux protagonistes, au coeur du même chaos.
Peut-être faudrait-il le revoir, me placer dans l'optique du dixième degré. Me dire que quand le flic et le tueur conversent en s'appelant respectivement Dumbo et Mickey, il n'y a plus rien à ajouter; l'oeuvre devenant hallucinante( on comprend alors que Tarantino s'y réfère), hors du monde, mélange exacerbé de mélodrame et de violence propre à la folie du monde. Aux codes du genre( criblés de balles, les morts mettent une éternité à s'éteindre, ou retrouvent vitalité cinq minutes après), le réalisateur mêle la souffrance du héros( quand le visage n'est pas meurtri, apparaît une jouissance libératrice au coin des lèvres lors des multiples fusillades) et une mélancolie étouffante. Un autre problème : le jeu de Chow Yun-Fat qui sonne faux, mal à l'aise à retranscrire l'émotion (et ça ne vient pas que du personnage selon moi). Je ne regarde pas un film d'action pour les dialogues, mais là quand même, ça frise parfois le ridicule. Si le mérite de Woo est d'avoir créé un univers, je ne parviens malheureusement pas à y adhérer (peut-être la faute à un trop grand mélange des genres).
" Rien ne coûte plus cher à un marchand d'armes que la paix." Lord of war.