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Avec ce blog, je souhaite partager mes coups de cœur (cinéma, littérature, musique...) et mes textes (poèmes, paroles de chansons, chroniques...) Au plaisir d'échanger avec vous.

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Livres en stock (2)

Je vais commencer une fois n'est pas coutume par un livre que je n'ai pas fini tant il m'a ennuyé.  Élevé au rang de classique, Belle du Seigneur m'est  tombé des mains, j'ai lâché au bout de 200 pages, le roman en compte plus de 1100. Je n'ai pas apprécié le style, les personnages. J'ai quand même voulu connaître la fin. D'Albert Cohen, je ne retiendrai donc pour l'heure que Le livre de ma mère, ô vous frères humains m'ayant lui aussi déçu mais évidemment pas dans les mêmes proportions.

 

  Revenons à des lectures plus passionnantes.  Katarina Mazetii, écrivaine suédoise, m'a surpris avec Le mec de la tombe d'à côté (adapté depuis en pièce de théâtre), où comment la rencontre entre un homme et une femme que tout sépare, notamment le milieu, la culture, le mode de vie, se transforme en relation amoureuse passionnée et mouvementée avec tous les problèmes décuplés qui vont  de pair. Un récit à deux voix caustique, doux-amer et réaliste qui prêté à sourire et à réfléchir sur nos représentations de l'autre.      

 

  Avec No et moi, Delphine de  Vigan dépeint avec tendresse, humour et lucidité la rencontre entre une adolescente surdouée de treize ans qui est en seconde, Lou Bertignac, et une SDF No. On ne tombe jamais dans la mièvrerie, la facilité, les personnages se révèlent complexes et attachants, le rythme est prenant.

 

   J'ai toujours  eu du mal à m'imprégner de  l'univers de Christian Jacq, mon premier essai n'avait pas été des plus concluants. Si avec  L'affaire Toutankhamon j'émets encore des réserves ( une tendance emphatique dans les sentiments, un portrait  hagiographique de l'archéologue Howard Carter), l'atmosphère de l'époque en  Egypte, les tensions géopolitiques, l'obsession d'un homme seul contre tous et tout simplement le mystère et la force de cette affaire Toutankhamon rendent ce voyage agréable.

 

  Encore une fois Stefan Zweig répond présent. Sa nouvelle , Le voyage dans le passé , m'a bouleversé. Comment deux êtres qui se sont aimés sans pouvoir  vivre leur passion au grand jour vont se positionner neuf après lors de leurs retrouvailles?  Là surgissent les silences, les non-dits, les regrets, le poids des souvenirs, la réalité avec laquelle il faut composer, l'ensemble imprégné d'une écriture fluide et délicate.  Avec Zweig, les héros n'existent pas puisque les personnages nous ressemblent et reflètent nos propres doutes et désillusions.

 

  Ce que j'aime dans Le coeur en dehors de Samuel Benchetrit c'est ce parfum d'errance, cette quête que suit Charly Traoré, du haut de ses dix ans, durant vingt chapitres de 8h00 à 23h40. Sous fond d'immigration, de centre de rétention, d'un quotidien en banlieue parisienne, Charly accumule les digressions, fait partager ses  joies, ses craintes de façon très décousue. J'ai passé un bon moment, ce livre ne laisse pas indifférent, la réalité n'est pas embellie ni assombrie, elle navigue dans l'entre-deux. Néanmoins le récit manque de consistance et n'apporte pas un regard singulier sur le sujet. J'ai lu bien des romans avec un enfant ou adolescent comme personnage principal ou narrateur plus renversant et puissant. De plus certains tics de langage sont agaçants comme les "rapport" employés trop fréquemment (je les traduirai dans le sens de parce que). Quelques passages sont toutefois très drôles, notamment concernant le nom des tours. " Au début, je croyais que Rimbaud c'était une tour. Parce qu'on dit la tour Rimbaud. Et puis mon pote Yéyé m'a raconté que Rimbaud était un poète. Je voyais pas trop pourquoi on avait donné le nom d'un poète à ma tour." Ou encore après une sortie au musée Picasso : " Depuis qu'on est allés au musée, cubique, c'est une expression qu'on utilise beaucoup entre nous. Par exemple si deux gars parlent d'une fille : - Tu la trouves comment?  - Cubique. Ou alors quand on se lève et qu'on est crevé : - oh, je suis cubique ce matin."

 

 

  Mon  premier grand coup de coeur je le réserve à Douglas Kennedy. Un romancier qui m'avait réjoui avec Cul de sac, Rien à perdre et agacé avec La femme du Vème.  Pour l'instant, Les charmes discrets de la vie conjugale se hissent au premier rang parmi sa bibliographie. Dans un premier temps,  on suit les aventures d' Hannah, originaire du Maine, de 1966 à 1974. Elle se cherche, s'oppose à sa mère (un véritable portrait de monstre), emprunte un chemin prévisible et ordinaire aux bras de Dan, médecin, époux modèle un brin insipide. Jusqu' à l'écart de conduite, son seul écart. Qui aura des répercussions en 2003.  Elle devra alors faire face au regard impitoyable de sa famille, au tapage médiatique d'une certaine presse à scandale, d'une frange de la population conservatrice et fondamentaliste, de pseudos gourous opportunistes et versatiles. Portrait au vitriol de l'Amérique des années 2000, tableau sans concession de la  famille, des liens ambigus qui s'y tissent, de la difficulté d'être parent, de mener sa vie en ayant toujours le sentiment d'être peut-être  passé à côté de l'essentiel, d'avoir commis des erreurs, en  se sacrifiant, en se mentant à soi-même. Douglas Kennedy est  bien un grand dialoguiste, un habile et pertinent faiseur d'histoires.

 

  Mon second  grand coup de coeur je le réserve à Philippe Claudel pour Le Café de l'Excelsior. J'avais déjà dévoré Les âmes grises et Le Rapport de Brodeck qui s'avéraient plus difficiles d'accès que ce court texte. Dans cette version format poche, en à peine quatre-pages, le narrateur décrit ses trois années, de huit à onze ans, passées auprès de son grand-père gérant du fameux troquet. A cette histoire simple, limpide, emplie de nostalgie et de délicatesse, se greffe une écriture poétique et rigoureuse, où chaque anecdote sonne juste, où chaque image anime ce café au sein duquel on est invité à siéger. Au final cette sobriété me bouleverse, tout est à sa place. Cela me rappelle l'élégance de nombreux autres écrivains, ou bien la force des répliques des grands films quand le miracle opère et qu'il n'y a rien d'autre à faire que de savourer le spectacle s'estimant comblé d 'accomplir un pareil voyage.

 

 

 

" Dans ce monde, il faut être un peu trop bon pour l'être assez" Marivaux, Le jeu de l'amour et du hasard.

 

" Voir quelqu'un ne pas voir, c'est la meilleure façon de voir intensément ce qu'il ne voit pas" Roland Barthes à propos de Charlot, Mythologies

 

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