Avec ce blog, je souhaite partager mes coups de cœur (cinéma, littérature, musique...) et mes textes (poèmes, paroles de chansons, chroniques...) Au plaisir d'échanger avec vous.
Darren Aronofsy m'avait laissé sur le bord du chemin avec son premier film puis m'avait estomaqué grâce à la virtuosité et à la puissance de Requiem for a dream. Alors son nouvel opus Black swan est vite devenu pour moi l'un des moments cinématographiques les plus attendus de l'année, d'autant plus que la prestation de Natalie Portman était annoncée comme la plus éblouissante de sa jeune carrière. Hélas, j'en attendais sûrement trop et ma déception n'en est que plus grande.
Premier point : Natalie Portman, oscar ou non?
Je réponds oui dans la mesure où la profession est friande des rôles à performance. Et là, l'actrice, qui avait crevé l'écran dans Léon et qui depuis livrait des prestations tout à fait honorables à défaut d'être inoubliables, peut enfin casser son image un poil trop lisse. Candeur, folie,souffrance, grande préparation pour convaincre dans la peau de Nina Sayers, danseuse qui obtient le rôle de sa vie sur le lac des cygnes, scènes sexuelles explicites, elle rend au final son personnage crédible. Mais si Nina arrive parfois à m'émouvoir par son obsession, sa fragilité, sa schizophrénie, l'interprétation manque un peu de relief, du supplément d'âme qui hisserait Natalie Portman au rang des très grandes actrices.
Second point : Darren Aronofsky a-t-il perdu la main ?
Il est difficile de juger dans la mesure où je n'ai vu aucune de ses réalisations depuis Requiem for a dream. Néanmoins, je trouve qu'il est tombé dans les ficelles hollywoodiennes. J'apprécie les films en abîmes, les effets de miroir, les thèmes, pour certains récurrents, qu'aborde le cinéaste (la schizophrénie, la danse comme sacerdoce, l'obsession destructrice, la souffrance physique et psychologique, l'attente désespérante, la rivalité, la manipulation,les relations familiales conflictuelles, avec une jeune femme écrasée par sa mère qui vit par procuration la carrière de son enfant...). J'apprécie l'idée de métamorphose : comment passer de l'univers rose bonbon d'une ballerine effacée et craintive (très exagéré quand même le côté chambre d'enfant avec peluches et tutti quanti) à celui de la transgression, du lâcher prise, au point de se perdre soi-même, à l'instar du cygne blanc du ballet. Malheureusement le scénariste et créateur américain perd toute sobriété au niveau de la mise en scène.
Suggestions très appuyées sur les hallucinations de Nina principalement, musique omniprésente jusqu'à l'outrance( comme si celle magnifique de Tchaikovski ne suffisait pas, de grâce, il ne faut pas avoir peur d'un peu de silence qui traduit souvent à merveille l'angoisse), personnages caricaturaux, notamment ceux interprétés par Vincent Cassel, le directeur de la troupe Thomas Leroy,et Barbara Hershey,la mère possessive de Nina.
C'est sûrement délicat d'illustrer la descente aux enfers sans emphase. Mais pour que cette dernière passe, il faut alors lui adjoindre des trouvailles visuelles originales ( très peu dans le cas présent), intriguer,bousculer le spectateur. Je rêvais d'une oeuvre personnelle et singulière, d'un choc visuel et émotionnel . Au lieu de cela, en dépit d'acteurs convaincants, j'ai quitté la salle après 1h45 d'une histoire transposée sans éclat et qui ne me laissera donc pas un souvenir impérissable. Elle renforcera juste mes représentations, à tort ou à raison, sur l'univers impitoyable que constitue le monde de la danse.