Le rideau tombera samedi après quatre mois passés à travailler à l'Ile de Ré. Pincement au coeur il y aura en quittant le pont. Clap de fin sur une belle rencontre, que je n'ai pas mentionnée précédemment car je ne savais pas comment l'aborder. Je me suis occupé d'une personne âgée en fauteuil roulant. Je faisais le ménage à son domicile et surtout je le promenais sur la digue. Déjà que je la connaissais très bien, dorénavant, ses moindres crevasses n'ont plus de secret pour moi ( je vous assure qu'il y en a beaucoup, au début on se fait piéger). J'aimais cette détente, nos bribes de conversation ainsi que ces longues plages silencieuses partagées, nos regards tournés vers l'horizon, la mer scintillante, le cri des mouettes, le ressac. J'apprenais peu à peu à éviter les embûches, à sortir sans heurt de la maison, à faire pivoter la machine. Pas toujours aisé cette pente à gravir, surtout en marche arrière, et que dire de la descente, mieux vaut temporiser pour ne pas perdre le contrôle du bolide. Une fois il a voulu me tester, d'habitude on s'arrêtait aux trois quarts de la dite digue, là pris dans son élan, il me sommait d'aller jusqu'au bout. Bonjour la pente en marche arrière, je redoutais l'accident.
Nous résistions aux cyclistes imprudents, aux piétons distraits, aux grosses marées accompagnées d'une armada de moucherons et de quelques vagues sournoises qui passaient les remparts. J'avais l'impression d'avoir les yeux derrière la tête tant je devais anticiper le moindre aléa. Et à la moindre baisse de concentration, le fauteuil troquait son rythme de croisière pour un rodéo sur des chemins de labour. J'appréciais cette confiance mutuelle qui se tissait au cours de ces sept semaines. Bien sûr j'avais droit au début à un allez- vous-en péremptoire une fois la promenade accomplie. Puis, rapidement, je m'adaptais à ses humeurs, je veillais à son confort, ses propos devaient plus amènes. Cette dernière semaine, il m'a dit : alors vous partez ? Je sentais une pointe de regret, ou peut-être était-ce le fruit de mon imagination. Quoi qu'il en soit, il me manquera.
Clap de fin également sur le marché, pour le plus grand malheur de mes patrons, je ne suis pas devenu le roi du pliage, en particulier pour les chemises et les pulls. Je les remercie pour leur confiance et leur patience, cette dernière fut mise à rude épreuve. Peu importe, chacun a tenu, c'est le principal. Ciao cartons, lits de camp, parasols, gouttières. Quatre mois qui s'achèvent et beaucoup de souvenirs, la joie d'avoir revu de nombreux membres de ma famille, les rocambolesques baby-sitting, et, pendant mon temps libre, le luxe de la plage et les virées à vélo, sans oublier, last but not least, les délicieuses glaces de Saint-Martin.
A présent quelques jours de repos avant de replonger dans la politique documentaire, les plans de classement, les séquences pédagogiques, mais ça, c'est une autre histoire.
Au revoir mon île.