Avec ce blog, je souhaite partager mes coups de cœur (cinéma, littérature, musique...) et mes textes (poèmes, paroles de chansons, chroniques...) Au plaisir d'échanger avec vous.
Par dundee
Depuis des mois j'entendais parler de Quartier lointain de Taniguchi. Et voilà, j'ai enfin pu me plonger dans l'intégrale( deux volumes). Le manga est en cours d'adaptation pour le cinéma, mais pas sous la forme d'un dessin animé, et je comprends aisément pourquoi. Tant l'oeuvre renvoie au septième art ( zoom, le changement de rythme, le travail sur les ombres, sur les traits des personnages, la mise en valeur des paysages). Je l'avoue, n'étant pas un grand connaisseur des mangas, le fait de pouvoir suivre l'histoire dans le sens de lecture occidental m'a permis d'entrer directement (du mois au bout du premier chapitre) dans le coeur du récit. Celui de Hiroshi, quarante-huit ans, qui, on ne sait comment, se retrouve à revivre ses quatorze ans. Dans la peau d'un adolescent mais avec le regard distancié de l'adulte, ce qui entraîne d'hilarants décalages, notamment quand il énonce ses prédictions comme des vérités, ses interlocuteurs le prenant pour un illuminé, ses excès de boisson. On est aussi bercé par la culture nippone mais pas de façon écrasante car ce qui prime, c'est la relation familiale : comprendre pourquoi son père est parti sans crier gare, et surtout tenter de changer le cours des évènements en l'en dissuadant. Connaît-on vraiment sa famille? Quel regard porte-t-on sur son adolescence? A-t-on fait les bons choix? Guérit-on de son passé? Que transmet-on à ses enfants? N'oublions-nous pas trop souvent notre jeunesse?
Telles sont les multiples interrogations qui accompagnent le héros. En soi, le thème de la seconde chance a été surexploité sur grand et petit écran. Pourtant, jamais avec cette profondeur, cette insouciance, cette maturité, cette poésie, cet art qu'imprime Taniguchi pour nous rappeler l'enfant qui sommeille en chaque adulte. Je n'irai pas voir la transposition en salle. Pas la peine, au fil des quatre cents pages, j'ai eu droit à mon cinéma en planches dessinées.
" Ce que cache mon langage, mon corps le dit. Mon corps est un enfant entêté, mon langage est un adulte très civilisé."
Fragments d 'un discours amoureux, Roland Barthes.
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