Avec ce blog, je souhaite partager mes coups de cœur (cinéma, littérature, musique...) et mes textes (poèmes, paroles de chansons, chroniques...) Au plaisir d'échanger avec vous.
Je vais donner mes impressions après la lecture de quatre romans en littérature jeunesse : Sexy, L'affaire Jennifer Jones, Phaenomen (tomes 1 et 2). De Joyce Carol Oates, l'auteur de Sexy, conseillée par Nota Bene, je ne connaissais que les critiques élogieuses concernant son livre Blonde sur Marilyn Monroe. Là, plongée dans le lycée de North Falls et les pensées de Darren, 16 ans, nageur prometteur au physique avantageux qui ne laisse pas les filles indifférentes. Tout semble calibré, chacun porte un masque. Mais surtout tout peut exploser. C'est ce qui arrive quand M. Tracy, le professeur d'anglais de Darren est accusé de pédophilie. Ce qui se voulait au départ une farce, une vengeance insensée, va virer au tragique, laissant les préjugés remonter à la surface. J'ai lu que l'auteur dans ses récits s'efforçait de montrer le caractère sordide de l'Amérique. Cet aspect-là est bien rendu et le personnage de Darren, de par sa complexité et les problèmes qu'il rencontre avec sa conscience, apporte de la profondeur à l'intrigue. Darren, à travers cet évènement, va grandir, et dépasser les faux-semblants de son environnement. Une oeuvre forte, un style sobre, des phrases courtes (sauf à un endroit où une phrase se prolonge sur toute une page), des chapitres courts (parfois trop, quel est l'intérêt de faire tenir un chapitre sur une seule page?) La conclusion me paraît sans emphase et bien sentie. Alors oui, il est question des états d'âme d'un adolescent, mais de ce que je perçois des chick list, ça n'a rien à voir avec ces dernières, ce sont le rapport au groupe, la quête d'identité, le rapport à la morale qui sont ici interrogés. Un roman à faire découvrir aux lycéens.
L'affaire Jennifer Jones, d'Anne Cassidy, est mon coup de coeur. Comment traiter le meurtre commis par une enfant de dix ans sans voyeurisme, sans manichéisme et sans trop d'explications caricaturales? Déjà , en découpant le récit en deux temps, celui de l'enfance jusqu'au drame, et celui de la réinsertion. En alternant les deux époques, l'auteur britannique donne plus de relief à son récit. Elle cherche surtout à raconter plus qu'à expliquer, car la réalité est toujours plus complexe d'autant plus qu'elle échappe en partie à l'enfant (bien sûr quelques traits énoncés laissent poindre des explications : la jeune Jennifer vivant seule avec une mère qui la délaisse et qui traîne une réputation sulfureuse, l'instabilité émotionnelle et la violence sourde qui jaillit à plusieurs reprises chez la fillette).
J'admets que la partie sur la reconstruction de l'adolescente, après six ans de prison, est ma préférée, mais sa force dépend bien évidemment de l'autre versant du récit. La question posée est intéressante : peut-on (et comment) reprendre et mener une vie d'adolescente comme les autres? Mais bien entendu, au-delà du fait qi'elle devra vivre avec le poids de ses actes, la jeune fille, sous une nouvelle identité et loin de sa mère, doit apprendre à faire confiance, croire en l'amour d'un petit ami assez possessif, espérer que personne ne retrouve sa trace et entraîne un nouveau scandale par le biais des journalistes. Le chemin sera long et éprouvant. Un très bon moment avec une belle analyse sur la famille (naturelle ou de substitution) et un dénouement pertinent.
Je termine avec le genre fantastique et les deux premiers tomes de la trilogie Phaenomen écrits par Eriik L'Homme, suivant le destin de Claire, Violaine, Arthur et Nicolas, quatre adolescents aux troubles du comportement étranges, aux pouvoirs supérieurs, qui s'enfuient de la clinique du lac, spécialisée dans les cas désespérés, pour retrouver le docteur Barthémy qui a été enlevé, le seul en qui ils ont confiance( cétait la trame du premier épisode). Ce périple, en même temps quête initatique et identitaire, sous couvert de théorie du complot ( je n'en dis pas plus), va leur faire sillonner dans ces deux romans l'Europe, l'Amérique du Sud( Argentine, Chili)
J'ai hésité à rédiger ce billet, n'ayant pas encore connaissance de l'épilogue de la saga. Néanmoins, je ne suis pas encore certain de m'immerger dans le dernier volet. Ce n'est pas la faute du style, simple et fluide. J'apprécie également les références pseudo-historiques qui ajoutent à la théorie de complot présente tout au long de l'intrigue, le caractère documenté (notamment sur les villes traversées par les protagonistes), l'aspect fantastique provenant des pouvoirs des enfants. Non, je regrette les méchants assez caricaturaux, à l'exception notable de Clarence, et le caractère monolithique des quatre enfants, chacun dans un registre limité. Les deux tomes auraient gagné en psychologie. J'ai tendance à penser que le premier tome était plus abouti et qu'il aurait pu, soit se suffire à lui-même avec le parti pris de laisser de nombreuses interrogations, soit concentrer les deux intrigues en une seule. J'ai peur que le troisième opus soit redondant et prévisible.
Phaenomen (tome 1), Plus près du secret (tome 2), En des lieux obscurs (tome 3).
" Lorsqu'on a perdu toutes ses illusions, il reste encore à perdre l'illusion suprême qui est de se croire sans illusions."
Claude Roy