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Avec ce blog, je souhaite partager mes coups de cœur (cinéma, littérature, musique...) et mes textes (poèmes, paroles de chansons, chroniques...) Au plaisir d'échanger avec vous.

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Dans la toile de Wong Kar-wai

 

Je viens de faire ma cure Wong Kar-wai : j'ai désormais vu neuf de ses dix films, il me manque  Les cendres du temps.   Il  y a des années, peu de temps après sa sortie, j'avais adoré In the mood for love, summum de l'élégance, de la retenue, de la maestria chez le cinéaste hongkongais. Si bien que la suite, avec 2046 et My Blueberry Nights, m'avait paru  soit alambiqué,  soit fade. Alors avec sa dernière création a-t-il retrouvé sa verve? La réponse est non. Avec The Grandmaster, les scènes de combat se veulent spectaculaires, démonstratives mais elles ne possèdent ni le brio de Il était une fois en Chine, ni la poésie de Tigre et Dragon,  ni les fulgurances  qui émergent dans Le Secret des poignards volants. Par ailleurs, la leçon de vie du héros, l'empathie qu'il devrait inspirer ne transpire que vers la fin du récit. Depuis plus d'une décennie, le cinéma du réalisateur m'ennuie.  Heureusement, avant The Grandmaster, j'ai découvert sa période 1988-1997,  avec cinq de ses six premiers opus.

 

 

As Tears go by (1988), Nos années sauvages( 1990), se révèlent déroutants. Le premier, un polar poisseux, tordu, fataliste mêle  mafia, amitié indéfectible et ses dommages collatéraux irréversibles, histoire d'amour impossible, la violence sous toutes ses formes. Cela reste assez brouillon, le visuel se cherche, certains personnages, dont l'ami du héros, sont caricaturaux, le style  ne se définit pas encore totalement. Cela ressemble à un hommage à John Woo. En revanche, le trio d'acteurs est juste, Andy Lau, Maggie Cheug, Jacky Cheug, tous les trois retourneront avec lui. Avec l'autre long métrage, oublié le polar, le romantisme contrarié s'affirme encore plus, Christopher Doyle arrive à la photographie, une lenteur s'installe à l'écran, la psychologie des personnages gagne en profondeur, bien que chez le cinéaste la forme prédomine. Néanmoins, l'intrigue reste en roue libre et je n'ai pas tout compris aux dernières minutes de l'histoire. Wong Kar-wai déconcerte, irrite, agace, émeut, mais donne envie de voir la suite, en espérant qu'elle soit plus maîtrisée.

 

Avec Chunking Express( 1994), un cap est franchi, certes l'incongru existe encore (par exemple l'achat compulsif de boîtes d'ananas presque périmées par l'amoureux dépité, la chanson California Deam' qui passe en boucle...) mais j'ai suivi avec plaisir les deux histoires parallèles de ses deux flics, de leurs amours incomprises. Il y a un beau travail sur l'image,  tout se passe la nuit, les personnages ne me laissent pas indifférrent, il y a du désespoir, de l'humour, de la tendresse, une réflexion sur la ville, sur le hasard, sur la solitude, sur le temps qui engloutit tout. Si le côté pop  trop manifeste demanderait à être atténué, le voyage valait le coup en compagnie d'un quatuor renversant ( notamment Faye Wong, en serveuse qui s'immisce dans la vie du policier et fait le nettoyage à son insu dans l'appartement, et Tony Leung Chiu-wai, matricule 633 qui commande chaque soir sa salade du chef, qui est un formdiable acteur : In the mood for love, Infernal affairs, Happy together...).

 

Avec Les ange déchus (1995), le niveau augmente, aussi bien dans la forme que dans le fond, il y a toujours une ambiance irréelle, mélancolique, avec un tueur qui veut raccrocher, un garçon muet excentrique, une fille délurée et d'autres pantins. J'ai apprécié cette ode désenchantée et désarticulée.

 

Vient enfin Happy together (1997), pour moi le meilleur après In the mood for love. Le récit de ses deux homosexuels qui quittent Hong-Kong  pour l'Argentine et qui n'arrivent pas à mettre fin à leur histoire d'amour est bouleversante. L'ennui, les ressentiments, les scènes de ménage se multiplient jusqu'à une certaine délivrance. L'ensemble est parfois répétitif, à l'instar des querelles dans la minuscule chambre, mais ce parcours teinté de solitude et de déracinement m'a touché. Un très bon film.

 

Wong Kar-wai serait donc l'homme d'un seul chef-d'oeuvre? ( ce qui n'est pas rien j'en conviens, tout le monde ne pouvant  évidemment pas en dire autant).

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