Trente après, le chemin est encore long pour la reconnaissance totale des droits des homosexuels aux Etats-Unis, leurs mariages autorisés dans un premier temps en Californie ont depuis été annulés. Mais cette question, qui a trouvé sa place dans le débat public, doit beaucoup à l'action de militants, et d'Harvey Milk notamment dans les années 70.
Dans le film de Gus Van Sant, on suit les huit dernières années de la vie du premier homme politique américain( il devient conseiller municipal) a avoué officiellement son homosexualité. La première partie du récit est assez longue, Sean Penn met quelques minutes à quitter sa panoplie de l'Actor Studio pour ensuite incarner véritablement le personnage et lui donner une intensité incroyable. La distribution est remarquable, outre Sean Penn, Emile Hirsh et Josh Brolin sont particulièrement impressionnants (à la fin du film, on peut voir la photo de chaque acteur accompagnée de son double réel, à vrai dire, les ressemblantes sont assez criantes).
L'intrigue est vraiment lancée quand Milk décide de partir à la conquête du pouvoir( et de connaître plusieurs échecs), les défilés sont très bien rendus, le contexte social et politique aussi. L'ensemble se suit alors avec grand intérêt .Quant à la mise en scène, elle reste classique, la caméra de Van Sant se fait discrète, comme la musique de Danny Elfman. Pas d'emphase, le lyrisme ne se dévoile qu'à l'opéra, passion du héros.
Le portrait d'Harvey Milk est poignant car il se laisse porter par ses idéaux bien qu'il ait dû en payer le prix : de ses déboires sentimentaux jusqu'à son assassinat, comme le maire, par l'ancien conseiller Dan White. Trente ans après, on comprend mieux pourquoi San Francisco est toujours une ville à part aux Etats-Unis, l'une des plus progressistes.