Slumdog Millionnaire, film américano- britannique de Danny Boyle, est l'un des favoris pour les Oscars avec Benjamin Button. Adapté d'un roman, le récit revient sur le parcours de Jamal, un jeune Indien musulman, faire-valoir dans une compagnie d'appel de Bombay, qui arrive à la dernière question de l'émission Qui veut gagner des millions? Accusé d'avoir triché, martyrisé par les policiers, il va prouver son innocence en racontant les épisodes de sa vie, chacun correspondant à une question du jeu.
Nés dans les bidonvilles, rapidement orphelins, lui et son frère aîné Salim, et leur comparse Latika, vont connaître de nombreuses mésaventures, s'en sortir grâce au système D, et des alliances douteuses( pour son frère notamment). Danny Boyle n'hésite à décrire le sordide du quotidien, la pauvreté qui s'encrasse comme les déchets sur un terrain vague, la violence et la corruption du pouvoir. A ce chaos s'opposent les sentiments candides de Jamal pour Latika, qui n'aura de cesse de la rechercher, de s'accrocher à cet amour absolu, le rapport protection- trahison de Salim à son égard. Le film est un mélo hollywoodien à la sauce indienne.
En sa faveur, un récit maîtrisé, au rythme savamment orchestré, des antihéros attachants et complexes, un regard sur une Inde que l'on connaît très mal, ( le poids des préjugés de classe qui perdure). Une caméra qui sait souvent se faire oublier, sauf au final, la façon de filmer les visages( notamment celui angélique de Latika, joué par Freida Pinto, tragique et troublé de Salim) une chronique sociale touchante d'un pays entrant de plein pied dans la mondialisation qui creuse les inégalités.
A sa décharge, une musique souvent plombante car grandiloquente, un mélange des genres parfois indigeste ( film social, thriller, film romantique à la fois), une fin très exagérée qui enchaîne les poncifs. Mais peut-être que pour illustrer une société en mutation, sous tension, le réalisateur a tenu à forcer le trait. Son trio d'acteurs charismatique, la force des décors, suffisaient amplement.