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Avec ce blog, je souhaite partager mes coups de cœur (cinéma, littérature, musique...) et mes textes (poèmes, paroles de chansons, chroniques...) Au plaisir d'échanger avec vous.

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Les Soprano : mes impressions au sujet de la série

J'avais regardé  la première saison il y a bien vingt ans. J'avais eu du mal à entrer dans l'univers de la série à l'époque, j'avais néanmoins adoré la fin avec la confrontation entre Tony et sa mère Livia. Je n'avais pourtant pas eu l'envie assez forte de poursuivre l'aventure. Tout a changé désormais. De janvier à mars 2021, j'ai aimé prendre mon temps à suivre les six saisons de la "jungle" du New Jersey. Je connaissais évidemment la dernière scène du feuilleton et la polémique engendrée. Quasiment quatorze ans après  évidemment cela n'a certes plus le même impact émotionnel. Je trouve cependant le dénouement subtil, pertinent, adéquat par rapport à l'ADN de l’œuvre. J'ai apprécié les films au sujet de la mafia ( Coppola, Scorsese) mais avec Les Soprano je pense que l'empreinte sera plus marquante chez moi. J'ai eu le temps de suivre ces querelles de pouvoir, ces querelles familiales, les trahisons, les désillusions, l'importance de l'éducation, le poids de l'hérédité et de la fatalité, les quêtes identitaires,  l'évolution de la société retranscrite à l'écran, notamment post 11 septembre, les questions raciales, l'homosexualité, la religion. J'ai eu le temps de détester Tony Soprano et en même temps de compatir devant sa vulnérabilité, devant ses crises, étouffé par cette mère qui  l'a martyrisé. J'ai trouvé également intéressante la réflexion sur le pouvoir, beaucoup rêvant de prendre la place du chef et s'écroulant au moment attendu devant le poids des responsabilités lié à ce nouveau statut et à la menace engendrée en devenant l'homme à abattre.

 

J'ai aussi aimé les échanges ambigus  instaurés dans le cabinet du docteur Melfi. Psy et mafia : cocktail surprenant mais efficace. La série a su se développer, distiller un parfum doux-amer, avec une violence verbale et physique écrasante. Néanmoins cette dernière ne tombe jamais dans la complaisance. C'est la plupart du temps clinique, sans effet obscène chorégraphié, bien que les motivations puissent parfois paraître excessives, puériles, avec des moments proches du grand guignol, je pense à l'épisode L'enfer blanc, saison 3 épisode 11, avec Christopher et Paulie perdus dans la neige après une collecte d'argent qui a mal tourné. Il est logique de finir par s'y perdre par moments avec son lot de retournements, d'alliances à géométrie variable, de leur code d'honneur confus, de tabous. Mais j'ai toujours observé avec intérêt les errements de ces personnages violents, mesquins, égocentriques, vénaux ( une préférence pour les saisons 2 et 5), qui par miracle restent humains et fascinants car pétris de doutes (et pour certains de remords, comme l'illustrent la psyché de Tony, le mal-être de Christopher...). La création de David Chase puise sa force aussi au-delà de la mafia, bien que les liens persistent forcément avec celle-ci, avec les mémorables personnages de Carmela, AJ, Meadows, Janice, Livia, Adriana, Artie, Gloria... offrent une approche plus large et identitaire à l'ensemble. Aussi rocambolesque et extraordinaire soit le contexte criminel, Tony et ses acolytes (et ennemis) ne peuvent pas échapper aux affres personnelles et familiales. Sans cela, je n'aurais pas accroché sur toute la durée. C'est l'alchimie entre les deux sphères qui est pertinente. Sans cela, on ne peut pas comprendre le geste de Pussy, ni le comportement de Paulie (personnage très énervé et énervant qui craque et s'humanise quand son secret de famille s'abat sur lui), ni les angoisses de Tony au premier plan...

 

Je veux aussi saluer la qualité d'interprétation générale, l'intégration réussie des nouveaux personnages au fil des saisons, chapeau aux scénaristes, (incroyables Richie Aprile, Ralphie, Phil Leotardo, Tony B...), l'importance des anecdotes qui nourrit et renforce la mythologie sopranienne, l'excellence des plans digne d'un film, le très bon usage de la B.O (notamment à chaque générique de fin avec une chanson forte). Mes remarques sont décousues, à l'instar du maelstrom mafieux de ces six saisons portées par  ses tensions  permanentes, juste atténuées par les ellipses. Pas sûr que les personnages trouvent un jour la paix au cours de leur existence, peu importe. J'ai aimé les voir se perdre, se questionner, se tromper, mal agir, faire preuve d'hypocrisie, de mauvaise foi, de solidarité, de générosité,  se révéler aussi minuscules et impuissants face aux réflexions métaphysiques. Toutes ces interrogations existentielles m'ont fortement touché. Merci pour cette œuvre mature et puissante qui demande de prendre son temps et de faire preuve de patience pour déceler les richesses de cette saga, un second visionnage étant je pense  recommandable.

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