Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Avec ce blog, je souhaite partager mes coups de cœur (cinéma, littérature, musique...) et mes textes (poèmes, paroles de chansons, chroniques...) Au plaisir d'échanger avec vous.

Publicité

Stranger Things : le temps comme objet d'étude

Comme souvent, je regarde quelques séries à succès en décalé.  Trois ans après son lancement, je me suis ainsi plongé dans l'univers de Stranger Things, en trois jours j'ai rattrapé mon retard. J'ai trouvé la série divertissante, efficace, à la nostalgie rassurante. J'en ai perçu également les limites. A force de recenser les multiples références égrainées par les frères Duffer, on prend le risque de résumer la série à un simple hommage appuyé aux années 1980, dépourvu de personnalité et de mythologie. Je trouve les critiques assez sévères envers Stranger Things tout en les comprenant. Je n'irai pas dans ce sens, c'est une bonne série (qui a encore beaucoup de questions laissées sans réponse qu'il faudra traiter au risque de tourner en rond).

Ce que je trouve fascinant dans ces 25 épisodes c'est ce rapport au temps. Hawkins,  Indiana, en 1983,1984,1985 avec la pop culture à tous les étages (l'occasion de découvrir ou redécouvrir des films charnières de l'époque, parfois datés comme Scanners, Ça chauffe au lycée Ridgemont, Charlie, et d'autres intemporels tels E.T, Retour vers le futur...) et des placements  de produits pas toujours subtils mais peu importe car ce qui compte c'est de se retrouver en terrain familier, d'activer la machine à souvenirs tout en affichant à l'écran un montage et un cadrage propres à nos visionnages compulsifs, boulimiques multi-écrans. On n'est pas que dans l'exercice de style, on regarde le passé pour mieux évoquer le monde contemporain, (on en dénonce par touches ses travers de façon plus ou moins exagérée : machisme ambiant, société hyper-capitaliste, corruption politique, dérives scientifiques), on parvient aussi à proposer de jeunes personnages féminins forts, aux revendications affirmées (Nancy, Max, Robin), aux supers pouvoirs (Eleven, comme pivot des aventures).

 

Ce rapport au temps apparaît ambigu  au cœur de l'intrigue, avec une notion de répétition à chaque saison (une histoire sans fin n'est-ce pas, je ne pouvais pas m'en empêcher) et des héros qui ne semblent pas marqués psychologiquement à l'écran ( à l'exception de Will toujours sur le qui-vive). Comme si le temps n'existait pour eux que par l'action, la résolution des mystères. Comme si Stranger Things avait du mal à sonder le deuil, le retour à l’ordinaire( les deux premières épisodes de la saison 3 en sont le reflet). Il serait je pense de mauvaise foi de ne pas admettre cependant que certains personnages ont su évoluer. Steve a tellement changé depuis le début de la saison 1, devenant mon personnage préféré dans cette dernière saison : courageux, attachant, parfois à côté de la plaque, Dustin inconscient, imprudent, en saison 2, combatif, énergique, amoureux en saison 3, certes toujours aussi bavard, Eleven (formidable mélange de fragilité et de force en saison 1,  approfondissant sa quête des origines en saison 2 et dépassant son sentiment de colère et de vengeance,  se transformant par moment en adolescente ordinaire en saison 3), Hopper,  si bourru et néanmoins sensible lors des deux premières saisons avec une belle complicité avec Eleven, qui devient  absolument insupportable en saison 3 tant il est miné par l'agressivité (une lettre aussi bouleversante et juste soit-elle ne peut pas tout rattraper et justifier). Si je trouve que le personnage de Will  fait partie des laissés pour compte, sa difficulté à accepter de voir ses amis quitter peu à peu les jeux de l'enfance est pertinente. La notion de groupe, d'amitié est aussi bien questionnée ( les personnages agissant parfois en binôme ou trinôme, ce qui permet de casser efficacement et temporairement l'unité initiale).

Espérons que la conclusion de Stranger Things (en une ou deux saisons a priori) exploitera à bon escient les évènements de cet été 1985 pour faire grandir définitivement ces jeunes protagonistes. Se retrouver la prochaine fois en 1987 ou 1988 serait une piste intéressante mais cela n'irait-il pas à l'encontre du suspense entretenu lors de la dernière scène?

 

Stranger Things interroge notre rapport au passé, cette manière sociétale de faire du neuf avec du vieux (mode, musique, cinéma, séries...) qui fait sourire tant qu'elle ne se systématise pas, tant que les valeurs réactionnaires ne refont pas surface, cette manière d'idéaliser, relativiser les imperfections du passé. Je ne pense pas que c'était mieux avant, l'âge d'or n'existe pas. Il est juste agréable et doux de se replonger de temps en temps dans l'album photos de sa jeunesse, de son enfance.

 

Les séries actuelles auront-elles une seconde vie pour nous dans quelques années ?   Aurons-nous la curiosité de les redécouvrir ( comme je  le faisais avec Friends en dvd), comme marqueurs de nos mémoires, de notre patrimoine, ou ne seront-elles qu'à usage unique, perdues dans une offre protéiforme et personnalisable à l'envi ?

 

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article