Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 janvier 2015 6 03 /01 /janvier /2015 17:34

 

J'ai démarré l'année 2015 sous le signe de la culture. J'ai commencé ce matin au cinéma  par l'excellent Whiplash, de Damien Chazelle. J'apprécie beaucoup le jazz sans hélas en connaître les rudiments et ma culture de son histoire est très partielle. Néanmoins cette musique me transporte et me fait un bien fou. Et tout au long de ce film, j'ai éprouvé cette sensation. C'est une oeuvre intense, dont le final symbolise le paroxysme.  Et tant pis si à une ou deux reprises l'invraisemblance et la dramaturgie priment au nom du scénario, l'important est ailleurs. L'amour de la musique au firmament,  le dépassement de soi et l'ambition de devenir le meilleur batteur de jazz doivent-ils conduire à  tous les sacrifices? ( où placer les limites?). A subir des heures infinies d'entraînement à coups de sang, de sueur, de larmes.

 

C'est à ce prix que le jeune Andrew (impressionnant Miles Teller, qui exécute lui-même les morceaux, je l'avais découvert dans Rabbit Hole mais je ne l'avais vu dans aucun film depuis)  pourrait atteindre la liberté d'interprétation absolue, le lâcher prise des génies, mais pour  l'acquérir il devra surmonter l'emprise de son enseignant et chef d'orchestre, le tyrannique Terence Fletcher ( J.K Simmons est remarquable, il fait vraiment flipper). Ce dernier manipule tout le monde, assène ses répliques cinglantes, sèches comme un coup de fouet (whiplash qui signifie coup de fouet en anglais, fait référence  au titre du morceau phare du film),  appuie là où ça fait mal pour leur permettre d'atteindre le sublime tout en écartant sans ménagement ceux qui n'ont pas les reins assez solides pour endurer la pression (par moments il rappelle le sergent Hartman dans Full Metal Jacket).

 

Le duel violent et sadique entre Andrew et Fletcher magnétise l'écran,  tout comme les scènes où le jeune homme parfait son apprentissage à la batterie en martyrisant ses mains ( j'établis là un parallèle avec le corps meurtri de danseuse de Natalie Portman dans Black swan). Le héros doute,  se montre arrogant, susceptible, obsessionnel, car il sait que la musique est sa seule raison d'être, comme le personnage campé par Romain Duris dans De battre mon coeur s'est arrêté. Je vous  recommande fortement ce long métrage nerveux, noir, haletant, psychologique .

 

 

 

Le midi, j'ai enchaîné au Centre Pompidou avec l'exposition-rétrospective consacrée à l'artiste américain Jeff Koons. Pendant une heure, j'ai pu noter ses influences ( le really-made, le pop art...), ses réappropriations, son évolution, ses contradictions. En soi c'était très intéressant de s'interroger sur ce qu'est l'art.  Hélas, ses sculptures en acier inoxydable (un peu répétitives) ne m'ont  pas vraiment bouleversé, à l'exception du coeur en pendentif suspendu qui a retenu mon attention.

 

J'ai surtout aimé ses ballons de basket immergés/émergés en parfait équilibre dans des aquariums car à ce moment-là je pouvais percevoir la symbolique, son intention (la quête de l'équilibre pour chacun). J'ai aussi accroché avec deux tableaux  au contenu patchwork qui donnaient à l'ensemble une liberté, un désordre salutaires. L'hommage à la culture populaire, à l'enfance ( Hulk, Popeye, Michael Jackson) me semble sincère. Il me manque pourtant un supplément d'âme, des émotions auxquelles me rattacher,  certes c'est bien agencé, imposant, l'entreprise demandant à chaque fois un travail titanesque et de multiples collaborateurs, mais le résultat reste pour moi un peu froid.

 

Et  quand occasionnellement l'artiste se lâche (les Made in Heaven en compagnie de la Cicciolina), ça tombe malheureusement dans la pseudo provoc, le côté cru et gratuit et je ne vois plus là que la farce et le mauvais goût . Si je reconnais que je ne dispose pas de toutes les clés pour comprendre son travail et l'art contemporain en général, j'admets que Jeff Koons épouse son temps, interroge l'art  et la création, ce qui est déjà très bien. Il donne matière à réflexion plus qu'à l'émotion. Je n'ai absolument pas perdu mon temps car j'ai découvert son univers, son parcours et je ne me suis pas ennuyé. Mais je ne peux pas dire que je suis sorti de l'exposition chahuté, choqué, ému. D'autres expositions rempliront ce rôle en 2015.

Partager cet article

Repost 0
Published by dundee
commenter cet article

commentaires