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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 06:50

 

 

Si je ne vais pas remonter en détail  jusqu'à la série Le prisonnier, pour la simple et bonne raison que j'ai dû voir seulement un ou deux épisodes, d'après ce que j'ai lu elle symboliserait néanmoins l'un des exemples les plus réussis d'une série-concept. Bien sûr toutes les séries ont des idées directrices (là je m'avance peut-être un peu tant chez certaines émanent une absence de structure qui conduit droit dans le mur ) des orientations plus ou moins originales, mais pas forcément ancrées autour d'un concept (la définition du terme est en elle-même déjà complexe). Je vais pointer quelques exemples et attester la réussite de quelques unes et les pièges dans lesquelles se trouvent enfermées certaines, de manière évidemment subjective avec selon vos appréciations et  préférences un soupçon de mauvaise foi. Au menu( j'ai volontairement réduit ma liste, d'autres oeuvres auraient leur place ici) : Lost,Columbo, Demain à la Une, Angela,15 ans, How I met your mother, 24 heures chrono,Code quantum. Pour en simplifier la lecture, je rédigerai deux billets.

 

 

En consultant les diverses définitions du concept, je me rends bien compte de sa polysémie et de des différentes acceptions. Représentation générale et abstraite d'un objet, d'une situation, d'un phénomène- Catégorisation d'une idée, d'une entité? Manière de se détacher d'une chose- Thème, lien, qui relie une oeuvre (à la manière de l'album concept de Serge Gainsbourg Histoire de Melody Nelson). Aussi mot-valise chic que nous employons parfois pour commenter un tableau ou un roman déroutants, du style  c'était vraiment conceptuel (sous-entendu je n'ai rien compris et je me suis bien ennuyé). Il ne faudrait pas oublier le sens de novateur qu'engendre parfois une oeuvre conceptuelle. En conclusion, pour  l'appellation série-concept, j'entends manière  inhabituelle de raconter une histoire autour d'un thème conducteur en usant de procédés scénaristiques, stylistiques se démarquant du reste de la production.

 

 

Lost :    J'admets que le récit de survivants sur une île a déjà nourri l'imaginaire depuis des siècles. A la différence près que dans une série, jamais un tel paroxysme n'avait été atteint. Si bien que d'aucuns, perdus par ce récit foisonnant, ce mélange de flashbacks et de flashforwards, la multiplicité des personnages, des intrigues, des points de vue, les multiples références littéraires, musicales, mythologiques, religieuses, métaphysiques, philosophiques, les mystères (désolé pour les anglicismes mais dans ce cas précis en français la traduction manquerait de relief)  ont fortement pointé le fait que les créateurs ne savaient pas vraiment où ils allaient et que le propos devenait confus et rimait à du grand n'importe quoi. Si toutes les interrogations ne furent pas vraiment levées lors de la révélation finale, la saison 2 très ennuyeuse incarnant les travers du vase-clos dans lequel plonge de temps en temps le concept, les auteurs eurent au moins le temps de conclure leur oeuvre en connaissant longtemps à l'avance la date d'arrêt de la série. Comme beaucoup, je me suis perdu à quelques reprises devant ce mélange de lenteur et de frénésie, de sens cachés, d'indices en trompe-l'oeil. Oui, l'imaginaire fusait dans les esprits des téléspectateurs, à en  formuler des théories audacieuses voire rocambolesques. Et si tout simplement la plus  grande réussite de cette série-concept  avait été de faire entrer les séries dans un autre univers,  celui d'Internet, des rumeurs incessantes, du streaming,de dépasser le petit écran  pour développer/accélérer  le mouvement d' une communauté virtuelle qui donne un prolongement à la série, une seconde peau.

 

Columbo : Chaque épisode se veut unique, hormis les allusions récurrentes à sa femme rien ne lorgne vers un aspect feuilletonnant (les intrigues n'ont pas de lien entre elles). La force du concept :  faire du public un complice, lui octroyer un point de vue omniscient : je sais qui a commis le crime, comment et pourquoi. Désormais Columbo peut entrer en scène et avec délectation  nous l'observons tisser sa toile à coups de répliques a priori insignifiantes, derrière des aspects extérieurs inoffensifs tels que la vieille voiture ou les vêtements usés (transposition à l'écran de l'apparence ridicule d'un Hercule Poirot). A chaque fois les mêmes codes, le même profil des assassins, la même condescendance du tueur à l'égard du lieutenant, le même jeu du chat et de la souris. Oui, il fallait une grande ingéniosité dans le modus operandi du criminel, si bien que certains épisodes aux mécanismes introducteurs moins créatifs ont pu m'ennuyer. Autre piège de ce concept : les figures adverses moins bien dessinées, interprétées pouvaient rendre le duel fade et plomber l'histoire. Hitchcock, Conan Doyle, ont toujours pris soin d'offrir au public un ennemi digne de ce nom.

 

Demain à la Une :   Le premier point à souligner c'est que la série est adaptée du film C'est arrivé demain de René Clair. Alors pour l'originalité, il faudra repasser, et je vous vois venir, la thématique du destin et de l'effet papillon a toujours oeuvré dans la science-fiction. Certes, mais là en quatre saisons, le personnage de Gary Hobson n'aura de cesse de sauver la veuve et l'orphelin, de se débattre avec son identité cachée et cette mission qui lui incombe, par le biais du journal qu'il reçoit et qui lui annonce les évènements du lendemain.La dramaturgie, la complexité psychologique sont magnifiquement dépeintes. Dédoublement de la personnalité, lutte entre raison et devoir, le sens du sacrifice, tout est parfaitement dessiné pendant ces quatre saisons, avec des amis proches qui partagent son secret et l'aident dans ses aventures. Le héros aura eu bien souvent l'envie de se débarrasser de ce fameux journal, sortilège reçu sans explication qui l'entraînera dans ces situations rocambolesques et provoquera des démêlés avec la police, la justice, car parfois en voulant prévenir des dangers, en inversant le cours des choses, Cassandre des temps modernes, il sera pris pour un illuminé, voire pire pour un criminel.

Le concept ne sera jamais un piège puisque le périple entrepris pour découvrir les raisons de cet envoi, l'attribution de cette fonction, la présence mystérieuse du chat, les origines de cette transmission ( un élu l'a choisi comme successeur et lui aussi en fera de même) nourriront la mythologie de l'oeuvre. Un seul reproche à la série : son dernier épisode, elle s'achève par une mission quotidienne afin d'exprimer que la vie suit son cours, que la mission de Gary perdure. Mais pourquoi ne pas l'avoir placé quelques épisodes en amont et  ne pas lui avoir préféré en guise d'épilogue l'épisode se concentrant sur la rencontre entre Gary et la jeune fille, au cours duquel ce dernier la désigne (à l'insu de l'enfant bien entendu) comme héritière.

 

 

Dans un prochain billet : Angela,15 ans,How I met your mother, 24 heures chrono, Code Quantum.

 

 

 

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Published by dundee
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