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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 10:53

 

 

D'Eric-Emmanuel Schmitt, j'avais seulement lu  Lorsque j'étais une oeuvre d'art (pas trop aimé) et deux nouvelles à chute ( qui ne m'avaient pas laissé indifférent). A présent, je suis plus à même de critiquer son oeuvre après la découverte de trois créations issues du cycle de l'invisible et la Part de l'autre. Tout d'abord, concernant le cycle de l'invisible qui comprend cinq titres, je peux évoquer Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, L'enfant de Noë, Oscar et la Dame rose. Si j'apprécie cette volonté de rapprochement et de tolérance entre les religions, je trouve que cette philosophie est trop appuyée dans les deux premiers livres, ces récits restent de facture classique et les personnages manquent de souffle et de caractère. En effet, cette amitié entre Monsieur Ibrahim, épicier musulman, et Momo un enfant juif manque de relief et d'originalité. Il n'y pas la force et l'éclat de La vie devant soi de Romain Gary.

 

Que dire de l'amitié entre un enfant juif, Joseph, et un prêtre dans l'Enfant de Noë?. Rapprocher le judaïsme et le catholicisme, sous fond de Seconde Guerre mondiale, est une belle idée mais j'ai trouvé que la  description de la vie pendant cette sombre période était trop bâclée, et que les portraits des personnages auraient gagné à être plus fouillés. Quant à la fin, si je perçois l'intention et le message,  elle est  emphatique et superflue. Vraiment, des trois lus, je choisis sans conteste Oscar et la Dame rose. Sa forme ( des lettres écrites à Dieu par un enfant à l'hôpital sur le point de mourir, le ton de l'enfance magnifiquement respecté et retranscrit), son fond (les thématiques de la maladie, de son acceptation par le patient et par sa famille, l'incommunicabilité entre parents et enfants, le rapprochement de deux solitudes : celle d'Oscar et d'une personne âgée Mamie Rose, le pouvoir de l'imaginaire...) sont maîtrisés. Si la leçon de philosophie trop apparente et empreinte de raccourcis n'est pas loin, cette fois l'ensemble des qualités du livre balaie mes réserves.

 

 

 

La part de l'autre est selon moi, pour l'heure, sa plus belle réussite. Il fallait oser partir d'un tel postulat : et si Hitler avait été admis aux Beaux-Arts que se serait-il passé? D'un côté, ce récit uchronique avec un personnage qui se nomme Adolf H., de l'autre le parcours d'Hitler. Toute l'histoire est ce passage d'un récit à l'autre, pas toujours facile à suivre d'ailleurs une meilleure mise en page aurait été nécessaire pour mieux démarquer ces deux portraits.

 

Je ne vais évidemment pas vous exposer  les conclusions concernant cet Hilter fictif et les conséquences de sa reconnaissance d'artiste sur lui et sur le monde entier. Je trouve qu'Eric-Emmanuel Schmitt allie parfaitement reconstitution historique et romanesque. A l'exception de quelques maladresses (l'emploi inapproprié de l'expression solution finale, hors du contexte de la Seconde Guerre mondiale, la rencontre sympathique mais un peu téléphonée acec Freud, à la véridicité historique toujours pas avérée, et la scène d'hypnose avec le médecin grotesque), cette fresque captivante interpelle, dérange le lecteur. Comme Fritz Lang et d'autres avant lui, l'écrivain rappelle que le mal est présent en chaque être humain, et que la vie est faite de choix et de circonstances qui ont permis à un être aveuglé par la haine et la colère (dont l'antisémitisme serait vraiment né après la guerre) d'accéder au pouvoir, démocratiquement ne l'oublions jamais. Pour reprendre une phrase du livre :  "  Personne n'a de pouvoir sur les circonstances, mais chacun en a sur ses choix."

 

 

Par curiosité, j'ai voulu  lire  Entre chiens et loups, de Malorie Blackmann. Premier volet d 'une tétralogie qui a séduit les adolescents, histoire de deux mondes,  de deux cultures qui s'opposent, s'affrontent dans une époque et un pays non déterminés. D'un côté les Primas, l'élite noire ,de l'autre les NIhils, population blanche aux conditions de vie modestes. l'auteur a voulu inverser le rapport de force par rapport à la réalité pour mieux en dénoncer les stigmates. Cette discrimination, cette ségrégation rappelle les débuts des droits civiques aux Etats-Unis et l'apartheid en Afrique du Sud.

L'incompréhension prédomine entre les deux univers : mépris, condescendance, insultes, hypocrisie, haine,désirs de vengeance, passage par la violence pour pouvoir enfin s'exprimer, rapport dominant-dominé... A cette dimension sociale se greffe le romanesque : l'amour contrarié entre deux adolescents, la fille d'un ministre Primas, Sephy Hadley, et le fils d'un Nihil, Callum McGrégor. On baigne dans la tragédie grecque, cet amour impossible rappelle Tristan et Iseut, Roméo et Juliette...

 

 

Parmi les réserves, j'ai noté quelques phrases qui tombent à plat, avec parfois des passages vraiment anecdotiques,un manichéisme marqué à l'excès, heureusement atténué par certains aspects, et  le personnage de Sephy de pauvre petite fille riche est par moment agaçant. Toutefois  l'intensité du récit, sa dramaturgie, cette vision à deux voix bien exposée ( celles de Sephy et Callum), la complexité des relations entre les deux héros, le regard juste sur l'adolescence et sur les inégalités sociales actuelles donnent vraiment envie de suivre leurs autres (més)aventures dans La couleur de la haine.

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Published by dundee
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