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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 09:56

J'ai préféré laisser passer deux semaines avant de revenir sur le final de How I met your mother.  Que ceux qui ne sont pas encore à jour et ne souhaitent pas découvrir son dénouement  s'arrêtent à la fin de cette phrase.

 

Beaucoup de polémiques, de déceptions mais aussi des réactions positives mais a priori minoritaires, des réflexions à n'en plus finir, des fins alternatives proposées sur Internet, une annonce de scènes coupées et une fin alternative à retrouver bientôt en DVD qui adouciraient le final. Alors pourquoi y ajouter ma pierre? Tout simplement pour tourner la page et m'exprimer sur une série découverte au printemps 2009, à l'époque j'ai enchaîné les quatre saisons en quelques semaines, ensuite bon gré mal gré j'ai poursuivi le récit de Ted à ses enfants. J'ai souvent décroché pour mieux revenir car je voulais connaître la fin. J'avais bien compris que le récit sur la rencontre avec la mother n'était qu'un prétexte narratif mais j'espérais néanmoins un épilogue satisfaisant et un traitement approfondi des personnages.

 

Avec du recul, je respecte le fait que les créateurs soient restés fidèles à la fin qu'ils imaginaient depuis des années,ils sont restés maîtres à bord et ne se sont  pas laissés influencer. Et  si je regarde seulement le pilote et le final, les deux entités se rejoignent, dans ce lancement il y avait bien la présence (ou l'évocation) des deux femmes de la vie du jeune architecte, la bascule de l'une à l'autre, le lien indirect entre les deux femmes, en effet alors qu'il allait raconter la rencontre avec la mère de ses enfants il remonte jusqu'en 2005 et la rencontre avec Robin. J'ai longtemps voulu croire à une fin heureuse en compagnie de  la mother ( Tracy, quel dommage d'attendre la fin pour connaître son prénom) en dépit d'une interrogation tenace, devenue à la fin de la huitième saison et de la neuvième insidieuse, mais pourquoi raconte-t-il cela en 2030 à ses enfants?

 

Comme écrit sur divers blogs, il aurait fallu troquer dans le titre le comment par le pourquoi ou alors proposer comment je me suis perdu avant de rencontrer votre mère (et pour rire ajouter maintenant qu'elle n'est plus là acceptez-vous les enfants que je me remette avec Robin pour ne pas finir seul mes vieux jours). C'eut été moins  accrocheur mais aussi moins trompeur, ambigu.

La fin avec le couple Ted/Robin a donc été choisie, écho du premier épisode. Ce qui est étrange c'est ce sentiment de nostalgie qui ouvre l'épisode de quarante minutes nous replongeant en 2005 jusqu'à son générique final, inédit, qui lui aussi affiche des images de 2005. La boucle est bouclée :  Ted et Robin, Marshall et Lily et Barney... sauvé par le gong de la paternité par une pirouette scénaristique balourde et bâclée mais logique eu égard à la psychologie et à l'histoire du personnage.

 

Cette nostalgie hélas ne m'a pas touché, le final ne m'a pas ému mais en partie agacé. Depuis des années, l'humour et le rythme ont perdu de l'éclat et le registre sentimental a souvent sombré dans la caricature, notamment cette insistance  à ne pas vouloir étouffer la romance Ted/Robin ( ce qui est évidemment compréhensible du point de vue des créateurs de la sitcom). Et cette saison 9 a très mal employé la notion de temporalité. Comment en neuf saisons narrer

25 années d'une vie sans en détruire l'essentiel? D'abord pendant huit ans se concentrer sur l'amitié, les rencontres et désillusions amoureuses, ensuite une neuvième saison menant à la rencontre avec Tracy en mai 2013 qui en même temps fait du mariage Barney/Robin son axe principal, et qui doit aussi combler  les 17 ans conduisant au temps présent de l'action.

 

Impossible ! Sous la forme voulue c'était impossible de ne pas trahir, édulcorer, sombrer dans l'anecdotique.Sûrement que la reconduction tardive de la série n'a pas aidé. Faire d'un mariage le pivot de la dernière saison, trois jours interminables qui se bouclent au final par un divorce. Le divorce n'est pas un problème, au bout de trois ans  cela peut arriver mais c'est le télescopage qui est maladroit : en quelques minutes de la cérémonie au divorce, en quelques minutes se voir confirmer l'insignifiance scénaristique d'un mariage qui aurait pu se boucler en quatre-cinq épisodes.

 

Il aurait été plus pertinent de renforcer la présence de Tracy, à chaque fois ses apparitions faisaient mouche et l'alchimie avec Ted était  prégnante, contrairement  à celle du couple Ted/Robin. Si la  fameuse rencontre à la gare sous la pluie est réussie entre humour et tendresse sous le sceau des évidences, elle méritait tellement plus de temps à l'écran, donnant la fâcheuse impression que Ted encore une fois cédait sur  un coup de tête (alors qu'au fond  contrairement à la mythologie de la série cette fois il n'en est rien). Les auteurs ont, malgré eux?, créé un décalage, une distance. La mother tant attendue à qui le spectateur peut s'attacher, est utilisée avec parcimonie( en dépit d'un épisode entier touchant qui lui est consacré) car la vérité est ailleurs, elle constitue un pan (pourtant 11 ans !) au sein  du grand ensemble de Ted Mosby( il y a quelques scènes symboliques : Tracy prenant les cinq amis en photo, elle ne fait donc pas partie du tableau, Tracy invitant Robin à leur mariage alors que cette dernière ne voit plus le groupe depuis longtemps). Mais pourquoi lui proposer une sortie aussi lapidaire?

 

J'apprécie les ellipses et aussi de ne pas tomber dans le pathos mais il y a des limites quand même. Comme si la  période du couple devait se limiter pour le téléspectateur à sa rencontre, au premier rendez-vous, à la demande en mariage, les naissances, le mariage...  Il aurait fallu voir cet amour grandir et aborder différemment la mort de Tracy( la scène annonciatrice à la fin de la saison 8 était un bon lancement).  Alors oui  Ted a déjà dû raconter à ses enfants la maladie de leur mère, raison pour ne pas trop s'apesantir, mais le procédé s'avère malgré tout excluant pour le téléspectateur, montrer l'enterrement était nécessaire selon moi, comme d'évoquer directement le deuil de Ted, sa peur de renouer avec l'amour, ses retrouvailles avec Robin ( pas envie d'acheter le dvd pour voir les scènes coupées) et son refus pendant des années de se remettre avec cette dernière jusqu'à finalement demander l'accord de ses enfants quand il se sent désormais prêt. Trop d'ellipses qui figent les personnages et les situations, la faute à une dernière saison mal découpée, une dizaine d'épisodes parcourant l'ère 2013/2030 de manière plus profonde aurait permis une fin moins abrupte et  évité un pseudo twist un peu ridicule.

 

Je n'ai jamais apprécié le couple Ted/Robin, je ne voyais pas ce qu'ils faisaient ensemble, ce qu'ils avaient en commun, comme si Ted ne voyait en elle qu'un idéal, je le percevais plus comme son meilleur ami, son frère. Si Ted est celui qui a témoigné à Robin le plus de gages d'amour ( bien que Barney à son niveau en ait  aussi fait beaucoup), la réciproque n'est pas vraie. Après si l'on se fie à l'esprit  romantique de Mosby, aux nombreux signes de la destinée et aux obstacles de leur histoire ( contrairement à Ted, Robin ne veut pas se marier, ni avoir d'enfants, elle ne pourra finalement pas en avoir), Ted était le seul rempart pour Robin pour ne pas mener une vie exclusivement consacrée à son métier. Il fallait pour cela attendre que Ted accomplisse sa vie maritale et familiale, qu'il concrétise la vie qu'il espérait. Et comme le destin- le divorce de Robin, la mort de Tracy, le soutien des enfants- les réunit enfin en 2030, tout  se révèle donc logique. La boucle est bouclée, retour vers le premier grand amour comme ça arrive parfois dans la vie.

 

  Je trouve pourtant dommage que les scénaristes aient  couru plusieurs lièvres à la fois, qu'ils aient manqué autant de tact à la fin, dommage de ne pas avoir ressenti de pincements au coeur lors de l'ultime scène. Avec une dernière question qui me taraude concernant  la structure narrative de How I met your mother :  quel est l'intérêt d'avoir eu recours à Bob Saget pour la voix-off ? Josh Radnor ne pouvait-il pas faire l'affaire? Etait-ce juste plus pratique? A quoi rime cette incohérence? N'est-ce pas finalement le révélateur d'une distance, au départ salutaire mais peu à peu trop marquée, entre passé/présent/futur.

 

En  guise de conclusion, je propose un titre plus conforme à l'intrigue de la série : Comment j'ai rencontré les deux femmes de ma vie. Et si je veux être plus précis et résumer en une phrase d'après moi la pensée des auteurs, bien que la différence soit il est vrai bien ténue entre les deux notions, ce serait celle-là : Aux yeux de Ted, Tracy est la femme de sa vie et Robin l'amour de sa vie.

 

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Published by dundee
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