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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 12:09

 

Ces derniers mois, mon univers, à deux exceptions, s'est concentré sur la littérature jeunesse.  

 

D'abord, j'évoquerai Tout contre Léo, Mon coeur bouleversé, Je ne suis pas une fille à papa, les trois romans de Christophe Honoré. Je connaissais le réalisateur, pas le romancier. Je vais grouper les deux premiers titres pour la critique, car ils réunissent les mêmes personnages. Un coup de coeur pour Tout contre Léo, sur un sujet délicat, un jeune touché par le sida, l'écrivain parvient à ne pas plomber le récit dans le pathos grâce à un subtil point de vue. Celui de Marcel dix ans, à qui la famille dissimule la maladie de son grand frère Léo mais qu'il finit par découvrir tout en continuant à faire semblant de ne pas être au courant. Cela sonne juste, très sobre, touchant, avec sa dose de rire nécessaire,bien écrit, les personnages bien dessinés, le poids d'un secret de famille bien retranscrit (à vouloir protéger son enfant à tout prix en lui cachant la vérité, ne risque-t-il pas de se sentir exclu de par ce manque de confiance à son encontre?), et que dire des dernières lignes poignantes du roman.

La suite, trois ans après, avec Mon coeur bouleversé, a pu pendant les premières pages me décevoir comparé au précédent épisode, les enjeux n'étant pas les mêmes et l'adolescence de Marcel offrait une thématique au départ assez convenue. Puis tout s'est bien imbriqué, le regard de Marcel sur sa famille, sur sa vie de collégien, sur la nécessité de se reconstruire, s'avère rapidement crédible et pertinent. Son morceau de bravoure à table lors du réveillon de Noël lorsqu'il assène à chacun ses quatre vérités est magique. Une suite réussie. En revanche, sur une autre thématique sociétale :  l'homoparentalité, je n'ai pas accroché à Je ne suis pas une fille à Papa. L'histoire de Lucie et ses deux mamans m'a semblé bâclée, survolée, alors que les problématiques abordées demandaient un récit plus allongé. Le style court des livres de Christophe Honoré qui fait d'habitude sa force est cette fois sa limite, avec en plus le personnage de Lucie qui manque de chair, de relief.

 

De Jeanne Benameur, j'ai lu mes deux premières histoires : Une heure, une vie, et Ca t'apprendra à vivre. La première relate le divorce et le ressenti d'une jeune adolescente, Aurélie. Elle essaye de comprendre pourquoi ses parents se séparent, pourquoi cette situation se fait dans le clame, alors qu'elle n'en finit plus de souffrir à force de ne pas savoir (mais y a-t-il vraiment quelque chose à savoir?). Alors dans le trains qui la mènent chez son père, elle se met à inventer des histoires pour que quelqu'un l'écoute enfin.  La force de l'oeuvre est de traiter le traumatisme du divorce du point de vue de l'adolescent. La fragilité de la jeune fille, son innocence, son égocentrisme, me paraissent bien dépeints. Le problème c'est qu'au fil de l'intrigue, je me lasse de tant d'atermoiements, rien n'offrant de courts répits à cette ambiance étouffante. Un brin décevant dans l'ensemble.

En revanche aucune réserve vis-à-vis de Ca t'apprendra à vivre. Cette histoire autobiographique d'une fillette de cinq qui avec sa famille quitte une Algérie en guerre pour rejoindre la France est remarquable. Les anecdotes se succèdent rapidement, les petites scènes de la vie quotidienne familiale  ne s'éternisent pas, ce côté instantané permet de cerner les difficultés d'intégration de la famille, les moments de joie : comme un album photos mélancolique et inoubliable.

 

Marie Desplechin a tout d'une grande, Verte, histoire d'une jeune sorcière était déjà bien sentie. Avec La belle Adèle, elle confirme. Adèle et Fréderic, deux jeunes collégiens transparents aux yeux de leurs camarades, décident de faire semblant d'être en couple. A partir de-là, les regards changent et les conséquences ne seront pas toujours faciles à assumer. Tel l'effet papillon, image reprise dans le roman. Un portrait convaincant sur l'adolescence, le regard des autres, le conformisme, le fait de trouver sa place, son identité, de s'intégrer à un groupe sans se renier, auquel la romancière glisse des moments de gravité, de légèreté, une tante envahissante, un journaliste excessif (  articles style magazine people, moment magique lors de l'interview avec que des questions fermées posées, ça me rappelle des souvenirs), et surtout deux héros matures, attachants et pas du tout caricaturaux.

 

 

Si je me sens éloigné de la religion, le livre Le vieil homme qui m'a appris la vie, de Mitch Albom, n'en demeure pas moins enrichissant et émouvant. L'auteur américain raconte ses rencontres avec un rabbin, qui lui demande d'écrire son éloge funèbre, et un pasteur ancien délinquant notoire qui a su saisir la seconde chance que lui donnait la vie. J'ai suivi avec plaisir ces échanges sur la foi, sur la vie, les leçons d'optimisme qui en émanent, la vie des communautés religieuses, le bien de ces conversations sur les différents protagonistes et en arrière-plan ce portrait d'une Amérique qui n'en finit pas de m'étonner (cette fois en bien).

 

 

J'avais eu la dent dure contre Boris Vian et son J'irai cracher sur vos tombes. Alors au moment de découvrir L'écume des jours, mieux vaut tard que jamais, je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Déjà, j'adore ce titre, plein d'images jaillissent à son évocation, sa symbolique est très forte. Premier sentiment : le début m'a repoussé,  avec ces jeunes de vingt-ans à la fin des années 1940, se montrant arrogants, antipathiques, superficiels, remplis de grandes théories, notamment à propos du travail avilissant,  refaisant le monde et se regardant le nombril. Oui, mais à côté de ça, il existe un style flamboyant, des trouvailles d'écritures, un langage innovant (des néologismes à foison, et la création du fameux pianocktail), et qui reste moderne aujourd'hui, et une attaque en règle par Vian de la société : la religion, les fonctionnaires (là les agents des impôts), le travail avec des emplois plus absurdes les uns que les autres ( comme Colin en fera l' amère expérience), la tragédie de la vie qui s'abat sur la jeunesse.  Ce que j'apprécie dans ce livre c'est le fait que les personnages baignent dans une atmosphère irréelle : l'appartement qui rétrécit, la souris qui leur tient compagnie comme une amie fidèle, l'anguille qui sort de l'évier, le nénuphar dans le poumon comme métaphore du cancer. Les personnages eux-mêmes s'avèrent complètement déconnectés de la réalité, certains échanges en deviennent inintelligibles,ce qui devient passionnant c'est de contempler leur évolution ou leur immobilisme. Ainsi, Chloé un peu snob  et inconsistante à la base épouse ensuite par sa maladie un caractère fragile, courageux et émouvant. Et son époux, Colin,  qui se bat éperdument pour la sauver, perd peu à peu son narcissisme. Mon attention se porte aussi sur  la tourmentée Alise, dont la psychologie est bien esquissée. En revanche Isis n'apporte rien à l'histoire, quant à Nicolas, le cuisinier, il est assez déroutant, cynique : du genre présent-absent avec ses tournures de phrases précieuses. Quant au personnage de Chick, l'ami de Colin, et l'amoureux d'Alise, sa passion dévorante et destructrice pour le philosophe Jean-Sol Partre atteint des sommets dans le grotesque et l'irresponsabilité (  Vian dresse un portrait caustique du philosophe). Il se révèle le personnage le plus handicapé du roman, celui auquel je ne trouve aucune circonstance atténuante pour justifier son comportement. En refermant le livre, j'ai encore envie de garder sa musique propre dans ma mémoire : son amour effréné du jazz, son romantisme exacerbé, son surréalisme. Je n'irai donc pas voir son adaptation au cinéma.

 

 

   

Un dernier roman pour le voyage, je l'ai lu il y a presque un an et j'avais oublié d'en parler à l'époque. Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, de Jonas Jonasson. Un roman suédois qui (re)donne ses lettres de noblesse à l'absurdité, à l'humour déjanté. Allan Karlsson, centenaire, refuse de fête son anniversaire et de jouer les VIP de la maison de retraite, comme l'homme est borné et aventurier il s'enfuit. Et dans son périple,  suite à des rencontres improbables, des décisions hasardeuses, lui et ses amis se retrouvent traqués par des gangsters, recherchés par la police, vedettes des médias. A ce récit linéaire se greffe celui de ses quatre-vingt-dix neuf premières années de son existence. Allan a deux talents : il manie les explosifs comme personne et il s'affirme comme un manipulateur de première qui retombe toujours sur ses pieds. Dans un XXème siècle en folie où les guerres sont légions,les hommes politiques majeurs font appel à ses services( Franco, Mao, Staline Truman...), il se retrouve alors au coeur des conflits majeurs de cette période, il se lie même d'amitié avec Albert Einstein. L'auteur réinvente l'Histoire, fait de son centenaire un personnage atypique, se moque de tout avec aplomb. Une oeuvre que je trouve mordante, piquante, truculente, désopilante, vivifiante et en même temps un hommage sincère aux fondateurs de ce genre d'humour.


 

 


 


 


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Published by dundee
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